L’indigo, l’or bleu du Luberon

L’indigo, l’or bleu du Luberon

250 variétés de plantes aux propriétés pigmentaires plantées

Un hectare de la plante persicaire a été planté cette année. Une expérimentation unique en France qui pourrait offrir de nouveaux débouchés aux agriculteurs du Luberon Nous avons un indigo naturel de production provençale et française, en bio, de très haute qualité et au pouvoir colorant très puissant, explique Martine Grégoire, présidente de l’association "Couleur Garance".

Il y a onze ans, les terrasses du château de Lauris n’étaient que friche, herbes folles et mauvais chiendents. Ils n’avaient pas tous la main verte dans la poignée de bénévoles de l’association "Couleur Garance" qui est passée par-là, mais suffisamment de passion pour en faire un véritable jardin de cocagne de la plante tinctoriale, aujourd’hui reconnu par le label "jardin remarquable" et devenu un lieu unique en Europe.

Ici poussent tranquillement sous le soleil généreux du Luberon, 250 variétés aux propriétés pigmentaires. Et parmi elles, un trésor, réintroduit en Provence grâce à Michel Garcia, intarissable jardinier de l’association, aux airs de savant fou : la persicaire à indigo, qui produit du bleu, reine des couleurs.

Michel Garcia en a ramené trois plants du Japon, avant de faire la première expérimentation, sous l’oeil vigilant des ingénieurs du Parc naturel régional du Luberon et de planter, l’année dernière, 500 m² de persicaire dans un champ chez des agriculteurs de Mérindol. "Notre idée était de réintroduire la persicaire en France, raconte Martine Grégoire, présidente de l’association "Couleur Garance". Et ça a pris de manière incroyable !"

22 000 plants en terre

Un laboratoire se penche alors sur la première récolte et conclut à la très bonne qualité de cet indigo de Provence, à la concentration pigmentaire bien plus intéressante que le pastel, son rival sur la palette des bleus et réintroduit dans la région de Toulouse. Alors "Couleur Garance" voit plus grand et décide de planter un hectare cette année, chez un agriculteur bio de Vaugines.

Et le résultat est à la hauteur de toutes les espérances puisque les 22 000 plants mis en terre depuis avril ont déjà donné deux récoltes et 8 tonnes de feuilles et permis la réalisation de 180 kg de pâte pigmentaire ! Une prochaine récolte est d’ailleurs d’ores et déjà prévue dans le courant du mois de septembre, tandis que les bénévoles pensent déjà aux multiples débouchés commerciaux qu’offre ce nouvel or bleu.

"Nous avons un indigo naturel de production provençale et française, en bio, de très haute qualité et au pouvoir colorant très puissant, explique Martine Grégoire, ce sont de sacrés arguments ! Pour l’instant, si l’on veut de l’indigo naturel, il faut le faire venir d’Inde ou de Chine avec une qualité aléatoire et un coût de transport exorbitant."

Une marque serait même en passe d’être déposée par l’association laurisienne tandis que des sociétés de peintures en bâtiment, de pigments pour les arts plastiques, de cosmétiques et de textiles lorgnent sur ces parcelles du Luberon où pousse un nouveau trésor.

15 000 € de l’Occitane

"Nous avons des contacts avec un fabricant de peinture et l’Occitane avec qui nous avons remporté un appel à mécénat de 15 000 euros pour financer nos recherches, détaille Martine Grégoire. J’ai bon espoir qu’ils veuillent en mettre dans des savons car l’application de l’indigo dans la savonnerie est possible."

Dans le domaine des cosmétiques, le géant avignonnais Naturex a acheté de la pâte issue de la dernière récolte afin de mener ses expériences. Mais l’indigo a un autre point fort qui pourrait bien intéresser d’autres industriels. "À l’extraction, la persicaire dégage en même temps que la molécule indigotine, une autre molécule appelée indirubine qui a le pouvoir de protéger contre les insectes" note Danielle Rozaire, secrétaire de l’association.

La persicaire présenterait également tous les atouts pour séduire les agriculteurs locaux. "Notre objectif avec le Parc est de définir un mode cultural précis qui puisse être reproduit par d’autres agriculteurs, indique Martine Grégoire. La culture de l’indigo peut offrir une culture d’appoint pour eux, au milieu d’autres. D’autant qu’elle pousse très facilement, que c’est une plante résistante dont on ne connaît aucun prédateur."

Du soleil du Luberon, de l’eau de la Durance et le regard bienveillant des jardiniers, quoi d’autre ? la provence