Nature : l'amande du pays de Valensole reprend racine...

Nature : l'amande du pays de Valensole reprend racine...

Le retour au sources de l'amande de Provence

Le succès retrouvé de l'amandier. Plutôt que la Californienne, les nougatiers lui préfèrent l'amande Provençale. 

Les nougatiers Pierre et Philippe Sylvain de Saint-Didier ont décidé de replanter 35 ha voir plus d' amandiers. Adossé au cours mondial, le prix de l'amandon (amande décortiquée) ne cesse d'augmenter : "En quelques années, indique Pierre Sylvain, nougatier à Saint Didier, les prix ont triplé. Aujourd'hui, un kilo d'amandon est proposé entre 8 et 9 €/kg aux professionnels"

Une des raisons de cette inflation est liée à l'augmentation de la demande. En cinq ans, le volume d'amandes incorporées, notamment dans les barres chocolatées, a crû de 12 %. Les USA, premier producteur mondial avec près d'un million de tonnes, profitent de cette embellie : "la Californie spécule sur l'amande, déplore Pierre Sylvain. Elle assèche le marché en commercialisant de petites quantités puis ouvre les vannes quand les prix sont plus élevés et qui font référence sur le marché mondial."

Or la France ne peut se passer d'amandons en provenance de l'étranger. "La production française couvre 1 % de la consommation et la région Provence moins de 0,3 %". Actuellement, la production d'amandons se situe autour de 150 tonnes dans la région, mais il est difficile d'annoncer un chiffre exact du fait de la dispersion des producteurs.

Pourtant l'amande a eu son âge d'or : entre 1880 et 1930, la Provence était une grosse région de production et la demande a été boostée par la création du calisson. "Dans le département, la production était concentrée sur les zones du Beaucet et de Vénasque, de Saint-Didier et de Pernes, dans des terres pauvres qui convenait à l'amandier. Mais réputé pour son petit rapport, il a été délaissé par lesagriculteurs."

Ils replantent pour assurer leur production
Pour assurer l'approvisionnement de l'entreprise, Pierre Sylvain et son frère Philippe ont planté un verger d'amandiers de 35 ha, projettent d'installer 10 ha supplémentaires "pour assurer leur autosuffisance" Pierre Sylvain songe à une relance de l'amandier dans le département voire la région : "Il y a beaucoup d'enjeux à relancer l'amandier. L'amande de Provence a une notoriété certaine, liée à la création de nouvelles variétés françaises parfaitement adaptées au terroir. Néanmoins, il y a des préalables. Il faut agir collectivement et mettre autour de la table, les producteurs, les transformateurs afin de définir une stratégie commune pour structurer la filière."

"À partir de là, nous pourrons demander une assistance auprès des centres techniques de la région afin de nous aider à résoudre certains problèmes. Sans cette aide, nous n'y parviendrons pas. La culture de l'amandier est complexe. Elle ne s'improvise pas et seule la maîtrise technique peut assurer sa rentabilité"
Aujourd'hui, l'entreprise Terraroma produit quelque 40 tonnes d'amandes par an. C'est le premier producteur indépendant de France.

Sur le Plateau de Valensole, la petite fleur bleue a de la concurrence. Une belle fleur blanche, arrivant plus tôt et repartant plus tard que sa congénère, tente de se faire sa place au soleil. Ou mieux de reprendre une place qui était sienne auparavant. Avec le développement de la lavande, on a tendance à oublier que cette région reculée des Alpes-de-Haute-Provence est également réputée pour... ses amandiers.

Un filon que la famille Jaubert exploite aujourd'hui à merveille, puisque Pauline et Andréa sont à la tête de Terraroma, le premier producteur indépendant d'amandes de France. Pendant cinquante ans, personne ne croyait plus en ces arbres, qui limitaient les parcelles et faisaient de l'ombre lors des récoltes. Il a fallu attendre le début des années 2000 et le regard visionnaire de Jean-Pierre (le papa) et André (l'oncle) Jaubert pour que l'amande retrouve la place qui était la sienne sur le plateau de Valensole. "Nous avons planté 15000 arbres au total, explique Jean-Pierre. Cela représente 75 hectares de terrain. À l'époque, on nous prenait pour des fous .

Aujourd'hui, Terraroma ne fait plus rire personne, du haut de ses quelque 40 tonnes d'amandes produites par an. Elle est la seule à disposer d'un cassoir à amandes dans la région. Et malgré la mécanisation des processus de récolte, elle a tenu à garder ce qui faisait sa marque de fabrique : l'authenticité et la qualité. "On doit faire face à la concurrence venue d'Espagne, ou de Californie, poursuit Jean-Pierre Jaubert. Mais nos amandes sont de meilleure qualité." Ce qui coïncide avec une demande assez largement supérieure à l'offre, tant pour le fruit que pour son utilisation. "Nous travaillons beaucoup avec l'Occitane en Provence, qui produit de l'huile d'amande douce avec notre matière première, dit encore Andréa Jaubert. Les récoltes ont été bonnes cette saison. On va donc pouvoir travailler à l'export pour les années à venir." Preuve de la bonne santé de l'amande provençale.

www.terraroma.fr